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Le rap francais, mal représenté au sein des médias

Publié il y a 1 an et 2 moiss
Lundi 19 mars 2012 à 16 h 16 min
273 vues
Catégorie(s) : News
 
Cette année encore, les ventes d’Orelsan, Sexion d’Assaut ou Boobavont faire remonter à la surface le Titanic de l’industrie du disque. Largement diffusé en radio, gros vendeur d’albums, le Rap reste pourtant le genre mal-aimé des médias hexagonaux. Nos rappeurs ont mauvaise presse et bientôt, il n’en auront même plus. Disparition quasi-totale des magazines spécialisés, souvent remplacés par des portails en-ligne qui colportent beaucoup plus de clashs que de critiques ou d’analyses… Le mouvement ne connaît plus de médiation culturelle sérieuse. Réticence des journalistes ? Schéma économique en panne ? La faute à Zemmour, à Skyrock ? Flu a arpenté le ter-ter du game hexagonal, pour comprendre pourquoi on ne tend pas – ou mal – le mic aux lyricistes français.

L’Affiche, R.E.R, Rap Mag, Gasface ou Groove… La disparition des titres papier, une crise de la demande et de l’offre

En 1999, l’album Panique Celtique de Manau reçoit aux Victoires de la Musique la récompense du meilleur album rap et groove de l’année. Radikal, Groove, l’Affiche et R.E.R se liguent alors contre le trio, et révoquent l’idée qu’il puisse constituer un groupe de rap. Une polémique certes facile, mais qui dessine une cartographie – plutôt dense – de la presse rapologique de France*. Avec Get Busy ou The Source, ces titres constituent le principal moyen d’information d’un public croissant. Aujourd’hui, ils ont tous disparus. Rap Mag était le dernier de ces mohicans, et il a enterré la hache de guerre l’année dernière. Seuls résistent RAP RNB ou Planète Rap Mag, feuilles de choux méchamment portées sur les pré-ados. Planète Rap Mag n’est d’ailleurs que l’alter ego papier de l’émission de promo éponyme de Skyrock, animée par Fred Musa, autoproclamé « leader d’opinion » dans le milieu, récemment mis à l’honneur / l’amende ici par Booba. Couv’ avec têtes de gondoles, stickers, posters pour ta salle de bain, entretiens exclusifs…Les magazines ont tout fait pour s’attirer les bonnes grâces d’un lectorat que l’on s(av)ait jeune, masculin et provincial. Ultimes initiatives pour un secteur en fin de vie, qui n’auront pas réussi à le sauver. Culture du zapping et volatilité des lecteurs – qui ne revendiquent pas une publication de référence -, érodent les ventes. Cette précarité économique affaiblit la qualité du contenu des formules éditoriales. Les publications vendent donc de moins en moins. Les tirages s’amenuisent, et avec eux le prix de vente des espaces publicitaires, vitaux pour un périodique. Changements de formule désespérés ou trésorerie en panne… Un cercle vicieux de la décroissance dans lequel est empêtré une grande partie de la presse de France, ce n’est pas nouveau. Pourtant, bien qu’ils rencontrent les mêmes obstacles Magic, Serge, Tsugi continuent de documenter l’électro-rock, la pop, les musiques électroniques ou la chanson.

Comprendre le monde à travers le prisme du hip hop

Dans cette affaire, les errements éditoriaux peuvent être tenus pour les principaux coupables. Voyez plutôt : aujourd’hui encore, les Inrockuptibles continuent d’être considérés comme un magazine musical. Pourtant, si l’hebdomadaire est toujours à flot, ce n’est pas parce qu’il a pris le parti des rockeurs de France. Politique, 7ème Art, livres ou vie des médias… Les Inrocks doivent – entre autres – leurs tirages à leur capacité à pouvoir explorer de très nombreuses thématiques. Les rubriques font le grand écart mais elle sont traitées à travers un seul prisme, qui leur donne toute leur teinte éditoriale : l’esthétique rock. Jusqu’à maintenant, très peu de magazines de rap ont tenté d’égrener leur vision d’un ensemble de mondes culturels à travers l’écran du hip hop. De 2006 à 2008, le binôme Nicolas Venancio et Mathieu Rochet est pourtant parvenu à produire cette revue idéale, durant 6 numéros désormais cultes. Audiard, Booba, Chavez, Montebourg, Mobb Deep ou Dieudonné ont squatté les pages de Gasface, un magazine qui a frôlé il y a quatre ans la censure et le boycott des kiosques pour sa première de couverture, qui titrait avec un second degré jamais égalé : « Ils dansent mal ! Ils sont méchants !! Ils sont partout !!! Même Barack Obama en est à moitié un… FAUT-IL AVOIR PEUR DE CES ENCULÉS DE BLANCS ? » Une première de couverture qui sera également la dernière. Aujourd’hui le duo de journalistes donne dans la réalisation de webdocumentaire : l’opus New-York Minute, – une mini-série virale en 6 épisodes commandée par Arte -, a déjà dépassé le demi-million de spectateurs.

L’incapacité des médias à représenter les rappeurs comme des artistes à part entière

Abus de ghetto, régulières et sournoises mises en lumière d’affaires judiciaires ou d’une supposée violence, au détriment d’une critique artistique travaillée…  Le rap a mauvaise presse. Pire, certains journalistes ou animateurs – bien qu’ils ne se laissent pas aller à la reproduction de tels clichés -, se fourvoient dans leurs articles de façon inconsciente mais tout aussi symptomatique de leurméconnaissance de la culture. En atteste cette manie presque mécanique de réclamer des réponses de société – notamment sur la vie dans les quartiers – aux rappeurs, souvent considérés de prime abord comme des éduc-spés’, plus que des artistes. Cette drôle de manie se reproduit également dans le milieu du spectacle vivant, où les Mc’s gagnent souvent le droit d’être programmés en échange d’un atelier d’écriture ou d’un débat avec le planning-familial. Damn, a-t-on déjà imposé des tables d’informations de Centres d’Addictologie à un live de Renaud ? Une autre dérive journalistique consiste a encenser les lyricistes pour leur diplômes, validant ainsi une étrange corrélation qui voudrait que leur niveau d’études équilibre leur niveau musical. Une perversion récemment démasquée par Thomas Blondeau dans les Inrocks. D’une manière générale, on remarquera que les artistes rap accèdent à la reconnaissance médiatique une fois qu’ils ont mis suffisamment d’eau dans leur Jack Da’, conférez les mises en lumière d’Hocus Pocus, qu’on aime parce qu’ils sont « groovy & positifs », Oxmo Puccino ou Abd Al Malik (j’en oublie, t’inquiètes).Au sein des maisons de disques, le sentiment général repose sur le fait que les rappeurs doivent toujours en faire le double pour obtenir un Grand Journal ou la quatrième de couv’ de Libé. Rarement invités pour leur dimension strictement artistique, ces “artistes à part” sont conviés soit parce qu’ils explosent les ventes ou qu’ils sont au cœur d’un scandale. Les médias français ont souvent besoin d’une dimension phénoménale pour leur tendre le micro. Ce qui n’est le cas pour les chanteurs de variétés ou les rockeurs. Une différence de traitement qui tient également dans les messages rapologiques. Musique de contestation, le mouvement – précisément en France ces dernières années -, véhicule toutes sortes d’idées. Violentes, positives, parfois homophobes et misogynes, ou pro-éducation, ces thématiques cohabitent toutes un peu ensemble et brouillent le débat, surtout en direction d’une profession qui a tendance à se vautrer dans le consensus. La liste de cette mal-représentation est encore longue, et on peut également y ajouter l’improbable casting « cultures urbaines » des Victoires de la Musiques, les procès, plaintes ou poursuites La Rumeur vs Ministère de l’Intérieur (contemplez à quel point Fogiel à choisi son camp), Youssoupha vs Zemmour, NTM vs la Mairie de Toulon, Ministère A.M.E.R vs Charles Pasqua, Sniper vs Nicolas Sarkozy (liste non-exhaustive). Une mise au ban massive et qui dure… Malheureusement, peu de journalistes y réagissent ou s’y s’opposent.

L’exode online


Le hip hop n’a donc presque plus de publications ou mauvaise presse. Le terrain rapologique est-il asséché pour autant ? Impossible. Même si certaines sorties pourraient le laisser supposer, le rap est loin d’être mort et la France en représente le deuxième marché mondial. Les programmes de Skyrock – 2ème radio musicale française -, maintiennent cette station en premier chez les moins de 25 ans, suivie quotidiennement par près de quatre millions d’auditeurs. Sorties, coups de gueule ou de pression, live, news, feat’s, entretiens et mixtapes… Comment s’informent les B-girls et B-boys hexagonaux ? Online évidement, car la presse spé a été remplacée par les sites spé. Des webzines portés sur la vidéo comme N-da-hood, Buzz de Fou, Booska-p par exemple, Rap2france – près de 30 000 connexions journalières pour février 2012 -, Rap Engagé et Conscient pour les chroniques, R.E.C. ou il n’y a pas si longtemps Hip Hop Core qui a fermé ses pages web pour cause d’”appauvrissement musical” dans le game… La liste est encore longue, ces portails sont très nombreux et ils rayonnent large côté éditorial.

Le(s) hic ?


Ils n’assurent pas tous et pas toujours leur mission de critiques artistiques. Déjà parce que certains de ces webzines font payer la mise en ligne d’une partie de leur contenus, notamment vidéoclips. Une collusion aveugle entre création et publicité qui vaut – entre autres – tant de discrédit aux programmateurs de Skyrock… Le schéma économique de ces sites est encore à construire, et il ne permet pas de structurer des rédactions opérationnelles pour de l’enquête ou une analyse critique indépendante. Internet n’est donc pas encore le nouvel eldorado économique du rap, mais il en constitue le nouveau front. Une ligne nouvelle où la multiplication de ces néo-médias spécialisés ira – inéluctablement – de paire avec l’arrivée d’une nouvelle génération de journalistes, initiés au hip-hop depuis leur enfance.Outre-atlantique, des titres comme The Source ou XXL ont senti le vent du changement venir il y a bien longtemps et ont adapté leur rédactions tout en gardant le même cap : aujourd’hui leur expertise se lit en print ou online. Et sur le net, ces portails rivalisent largement avec les innombrables sites concurrents grâce à un savoir-faire qui ne s’improvise pas. Car ces journalistes savent mettre en ligne le dernier clip de Tyga mais aussi dénoncer les bavures policières dans le Bronx. En France, l’ouverture au-delà du champ strictement musical existe. Chez un spécialiste des contre-feux politiques, rapologiques et sociaux comme A Contresens ou sur le webzine abcdrduson.com par exemple, qui, au-delà de chroniques, publie des articles plus transversaux autour d’ »un fan de Hip-hop à l’UMP », « le Rap et la série télévisée The Wire » ainsi que des entretiens avec des clippeurs et autres photographes du mouvement comme Nabil Elderkin, Armen, Ahmed Klink ou Koria…Grosses ventes, diffusions radio conséquentes, disparition des titres papiers, sous-représentation dans les médias généralistes, exode online… L’histoire du rap et l’évolution de sa presse reposent sur une médiation culturelle réussie – ou non -. Il s’agit d’un point de rencontre entre les artistes et le public mais aussi et surtout avec l’ensemble du patrimoine rapologique de France, entre salles de concerts, shops, activistes, promoteurs de live ou labels… Enfin, le mouvement – désormais solidement ancré dans le paysage artistique français – doit pouvoir bénéficier d’un travail de reconnaissance politique et institutionnelle. Il est temps désormais !* Karim Hammou s’est servi de cette mise au ban pour livrer une longue analyse sur l’hypothétique existence d’un micro-monde social du rap au sein du monde social de la musique. Un article brillant et très bien documenté à lire online ou dans «Comment le monde social du rap amenage-t-il son territoire ? », Sociétés contemporaines 3/2005 (no 59-60), p. 179-197.
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Commentaires (1)
  1. #1 Queens le 23 mars 2012 à 0 h 18 min

    on s’en bat le couille qu’ils nous représente ou pas mais nous on gère ta vu, laisse-le diviser du porno, que faire de notre rap de la face homie du cul.

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